Cinéphile m'était conté ...

Cinéphile m'était conté ...

France


Une japonaise disparition (Tout peut s'oublier)

Une action partagée entre la Bretagne et le Kansai et une intrigue qui se noue à partir d'une disparition inexpliquée. Avec Tout peut s'oublier, nous sommes bien dans un roman d'Olivier Adam dont le héros est encore une fois une sorte de double, asocial et vaguement misanthrope, attiré par la beauté et l'imaginaire. Un portrait d'homme comme l'écrivain sait parfaitement les composer et qui, cette fois, va avoir fort à faire avec la justice japonaise. Le récit est maîtrisé, alternant phases contemplatives, de la côte bretonne aux jardins japonais et il y a suffisamment de suspense pour entretenir l'intérêt. En revanche, Olivier Adam est moins subtil quant il s'intéresse à l'air du temps, avec tout un tas de considérations plus ou moins oiseuses sur les violences de notre société. Et que dire de ces listes de cinéastes qu'il donne à peu près toutes les 20 pages pour bien nous asséner ses goûts en matière de 7ème art, en égratignant au passage ce pauvre Nicolas Bedos qui ne lui a rien demandé. Il y a un côté poseur dans ces énumérations qui gâche la bonne tenue du roman. D'autant plus qu'il n'a pas cité Zviaguintsev, Mundruczo et Lanthimos, hum, hum, hum (dixit un cinéphile aussi exigeant que lui !).

 

 

L'auteur :

 

Olivier Adam est né le 12 juillet 1974 à Paris. Il a publié 13 romans dont A l'abri de rien et Des vents contraires.

 


26/03/2021
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Des millions de vues (Les enfants sont rois)

Selon le dernier roman de Delphine de Vigan, en 2031, la pandémie ne sera plus qu'un lointain souvenir mais le monde d'après ressemblera au précédent, en pire. C'est à dire dans une société outrageusement numérique et artificielle où la virtualité sera de plus en plus puissante, au détriment de la pure réalité et de la vie en commun et au profit de la consommation de masse, quoi d'autre ? Les enfants sont rois parle d'un sujet un peu étranger à nous autres, lecteurs invétérés, dont l'enveloppante passion (addiction ?) éloigne des dérives de ce théâtre de l'égo, de la haine et du soi-disant partage que sont les réseaux sociaux. Plutôt que de s'attaquer à Twiiter, Facebook ou Instagram, les suspects habituels, Delphine de Vigan s'en prend principalement à Ypu Tube, et c'est fort bien joué, car le média semble a priori moins à blâmer, surtout quand on le fréquente peu. Mélanie, l'héroïne "négative" de Les enfants sont rois, mère de famille qui met en scène sa vie de famille et notamment ses deux enfants qui n'en peuvent mais, est détestable, mais comment expliquer les millions de vues et de likes qu'elle suscite ? C'est aussi le thème en creux du livre, cette propension de beaucoup au voyeurisme et à la vie par procuration. Le tout, évidemment rythmé par le placement de produits, au royaume doré du capitalisme sans complexes. Madré, le roman l'est parce qu'il contrebalance le portrait de Mélanie par celui de Clara, l'autre personnage principal, flic procédurière, à la vie privée frustrante mais aux valeurs intangibles dont la dignité et la rectitude nous rassurent. Si la toile de fond est sociale, le livre joue parfaitement avec les codes du polar, même si c'est une façade, avec sa résolution pas très convaincante, et un prétexte pour sertir son sujet prédominant dans un écrin de suspense. Le scénario de Les enfants sont rois est huilé à la perfection, le style est un peu décevant, en revanche, mais l'efficacité est au rendez-vous. On partage et on like ce roman de Delphine de Vigan !

 

 

L'auteure :

 

Delphine de Vigan est née le 1er mars 1966 à Boulogne-Billancourt. Elle a publié 10 romans dont Rien ne s'oppose à la nuit et D'après une histoire vraie.

 


19/03/2021
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Derrière la légende (Carole & Clark)

Vincent Duluc est bien connu des lecteurs de l’Équipe, pour sa plume jamais mièvre et sa connaissance encyclopédique de l'histoire du football, notamment anglais. Il est assez logique de le voir élargir sa palette, ces dernières années, à la musique (Le cinquième Beatles) ou désormais au cinéma, à l'instar du journaliste sportif retraité, Philippe Brunel, dans le récent Laura Antonelli n'existe plus. Carole & Clark est davantage qu'une biographie croisée du couple star d'Hollywood des années 30, Clark Gable, qu'on ne présente plus, et pas seulement pour son rôle dans Autant en emporte le vent, et Carole Lombard, moins connue en France, dont le tempérament n'avait rien à envier à ceux d'une Joan Crawford ou d'une Katharine Hepburn. Avec délectation, Duluc nous plonge dans "l'usine à rêves", multiplie les anecdotes croustillantes et savoureuses, parfois triviales, revisitant une époque aussi bien grandiose que scandaleuse, marquée par la toute puissance des grands studios, qui tentaient de gérer tant bien que mal les frasques de leurs stars, réarrangeant la réalité pour qu'elle s'inscrive parfaitement dans la légende. Malicieux, l'auteur s'amuse à traquer les vérités cachées et son livre est assez souvent cinglant même si la tendresse n'en est jamais absente pour un monde qui avait tout de même de la gueule dans ses excès, alors qu'aujourd'hui le cinéma se décline (dans tous les sens du terme) à l'aune des productions de Netflix, quelle tristesse. De la nostalgie, certes, innerve Carole & Clark, mais le rythme est rapide et l'humour omniprésent, dans un récit qui va immanquablement vers un crépuscule annoncé. Non seulement vers la fin du roi Gable, jamais remis de la mort prématurée de l'amour de sa vie, mais aussi d'une certaine idée d'un cinéma américain qui ne se nourrit plus de nos jours que de l'exposition indigeste de super-héros et de remakes laborieux.

 

 

L'auteur :

 

Vincent Duluc est né le 6 septembre 1962 à Vichy. Il a publié une vingtaine de livres dont Le cinquième Beatles et Kornelia.

 


25/02/2021
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Pavane pour une icône défunte (Laura Antonelli n'existe plus)

Laura Antonelli est un nom qui ne parle sans doute pas beaucoup aux moins de 40 ans. Une actrice italienne qui eut ses moments de gloire durant "les années de plomb" dans des petits films sexy où la belle ne rechignait pas à montrer ses atours. Certes, elle a tourné aussi avec quelques uns des plus grands réalisateurs transalpins, comme Risi, Comencini, Visconti, Zampa, Bolognini et Scola mais, hélas pour elle, dans des films qui ne font pas partie de leurs meilleurs. Le mystère Antonelli vient de ses 20 dernières années, vécues dans la réclusion d'un petit appartement, avec cette réponse à un journaliste qui la harcelait : "Laura Antonelli n'existe plus." Ancien journaliste sportif, Philippe Brunel a notamment écrit sur une autre icône italienne, Marco Pantani, qui a fini déchu, lui aussi, mais à un âge bien moins avancé. Plus grande a été la gloire, plus dure sera la chute, le roman-enquête de Brunel est comme une pavane à une star défunte, un ouvrage quasi modianesque, à la recherche de la vérité, si tant est qu'il n'en existe qu'une, pour une personnalité des plus complexes. L'auteur assemble les pièces du puzzle, rencontre ceux qui l'ont bien connue, évoque les drames qui ont marqué son existence : la rupture avec l'amour de sa vie, Jean-Paul Belmondo, l'acharnement de la justice après son arrestation pour détention de cocaïne, l'opération de chirurgie esthétique qui a mutilé à jamais son beau visage ... Philippe Brunel raconte ce qu'il sait et ce que les autres ont dit d'elles, de sa splendeur et de son délabrement. Il demeurera pour toujours des zones opaques et une interrogation sur qui était vraiment Laura Antonelli. Reste, après avoir lu cette vraie fausse biographie fragmentée et mélancolique, à la revoir dans L'innocent de Luchino Visconti, pour se rappeler combien sa beauté et son talent étincelaient.

 

 

L'auteur :

 

Philippe Brunel est né en 1956. Il a publié 8 livres dont Rouler plus vite que la mort.

 


21/02/2021
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Les supplices de l'affliction (Ces orages-là)

Dans Ces orages-là, Sandrine Collette ne nous laisse pas le choix. De son héroïne, Clémence, trop longtemps sous l'emprise d'un pervers narcissique manipulateur, l'on va partager toutes les pensées, en espérant une remontée des enfers, qui ne pourra venir qu'après des jours et des nuits interminables, de souffrance et d'auto-dépréciation. C'est presque avec sadisme que l'auteure enfonce la tête de sa victime sous l'eau, un tunnel où la quête de la lumière ressemble à une chimère. La romancière n'en finit pas de touiller dans la marmite du désespoir, avec son style cinglant et rythmé, à contre-courant de son personnage qui stagne dans les eaux de la détresse, malgré quelques mains qui se tendent. C'est une littérature qui fait de la noirceur son étendard et ce n'est pas le premier livre plombant qui atterrit sur les étals des libraires, depuis quelque temps, loin de là. Le problème, ce sont les répétitions, des situations et des sentiments ressassés à l'envi, exprimés de manières différentes, parfois brillamment, mais au caractère redondant et obsessionnel qui crée un malaise persistant comme s'il était utile de gratter sans arrêt la plaie à vif. A cela s'ajoute l'impression plus que mitigée d'un dénouement perturbant. Un roman "feel bad" de plus qui anesthésie l'émotion et l'intérêt, en se lovant dans ce qu'on n'ose pas appeler complaisance, dans les supplices de l'affliction.

 

 

L'auteure :

 

Sandrine Collette est née en 1970 à Paris. Elle a publié 9 romans dont Animal et Et toujours les forêts.

 


12/02/2021
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Analyse de la douleur (Saturne)

Soigner le mal par le mal, cela peut marcher. Mais essayer de se remettre d'un livre déprimant par un autre qui ne l'est pas moins, c'est contre-indiqué, c'est même dangereux. Ainsi, faire suivre La laveuse de mort de Sara Omar par Saturne de Sarah (encore !) Chiche constitue une très mauvaise idée. Omar m'a tuer et maintenant Saturne au cauchemar. Plus sérieusement, les deux livres sont très différents mais le but de leurs auteures est similaire : exorciser des histoires personnelles qui ont failli les tuer par l'écriture. Dans le cas de Saturne, il semble bien qu'il ne soit que peu question de fiction mais du récit détaillé de la dépression qu'a vécu la romancière et dont elle s'est très difficilement sortie. Ce n'est pas le fait que le livre soit douloureux qui pose problème mais plutôt que cette analyse (au sens psychanalytique du terme) soit aussi auto-centrée au point qu'on ne compte même plus les "je", notamment dans la deuxième partie du livre. Ce n'est ni la première ni la dernière représentante de la littérature française à s'épancher sur son "moi" mais c'est fatigant à la longue (oui, évidemment, on n'est pas obligé de la lire). Le genre n'est pas nécessairement voué à l'ennui mais tout le monde n'a pas le talent d'un Emmanuel Carrère pour cela. La surcharge psychologique de Saturne n'est d'ailleurs pas son seul écueil, son style, qui manque de simplicité, en est un autre, sans même parler de certains passages embarrassants du roman qui évoquent crûment la sexualité de la mère de l'auteure.

 

 

L'auteure :

 

Sarah Chiche est née le 21 mai 1976 à Boulogne-Billancourt. Elle a publié 4 romans dont L'emprise.

 


17/12/2020
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L'homme pressé (Paul Morand)

Paul Morand a été un personnage on ne peut plus romanesque et la biographie définitive que lui consacre Pauline Dreyfus est un modèle du genre, aussi passionnante pour comprendre l'écrivain que pour décrypter l'homme qui traversa 3/4 du 20ème siècle et dont les erreurs sont ce que la postérité a retenu de lui, bien davantage que les œuvres pour une grande part oubliées. Sa biographe, qui a eu accès à de nombreuses sources inédites, loue son talent d'auteur à de nombreuses reprises (mais pas systématiquement), évoque longuement ses voyages autour du monde, effectués à grande vitesse, comme l'homme pressé qu'il était, son amour des mondanités, sa soif de reconnaissance et d'argent, son aura de séducteur patenté et cynique, etc. Et aussi ses amitiés qui sont allés de Proust et Cocteau à Nimier en passant par un certain Laval (aïe) dont il fut le collaborateur (ouille). Pauline Dreyfus n'esquive pas les sujets qui fâchent, et le choix de Vichy plutôt que Londres (où il était en poste en 1940) constitue évidemment le grand fourvoiement de son existence, qu'il a toujours assumé et revendiqué puisque ses valeurs l'y conduisaient naturellement. Ce bourgeois, parfois bohème, qui aimait les voitures rapides, les honneurs et les femmes, a eu le bonheur de n'être jamais "épuré", s'étant réfugié en Suisse à la fin de la guerre. Son antisémitisme, il faut bien en parler, ne l'a jamais quitté et son homophobie est aussi à mettre à son "actif." Tous les aspects de cet écrivain/diplomate sont détaillés par cette biographie remarquable qui fait la part des choses de manière pertinente, sans stigmatiser mais sans omettre les côtés les plus détestables de son sujet. Le personnage de Morand n'en ressort pas grandi, l'écrivain davantage, mais le livre est aussi à lire pour sa description précise et captivante de plusieurs époques, sur les plans littéraire et politique, avec des portraits saisissants de Proust, Cocteau, Chardonne, Laval, Nimier, Blondin, Chanel, etc, sans oublier l'épouse de Morand, une épouvantable germanophile et antisémite qui mériterait à elle seule une biographie. Quoique, dans son cas, il y aurait sans doute peu de choses positives à en dire.

 

 

L'auteure :

 

Pauline Dreyfus est née le 19 novembre 1969. Elle a publié 6 livres dont Ce sont des choses qui arrivent et Le déjeuner des barricades.

 


05/12/2020
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Saisi en plein vol (L'anomalie)

Il est comment le nouveau Goncourt ? Gouleyant, pour sûr, et ce n'est pas tous les ans que l'on peut le qualifier ainsi. Au nez et en bouche, ce nectar se déguste en relevant des notes de pêche, de banane et de cuir. Notamment. En d'autres termes, L'anomalie est un mélange capiteux qui intègre la plupart des genres littéraires, en commençant par la science-fiction, avec son point de départ (et d'arrivée) qui ravira les amateurs du grand Philip K. Dick, par exemple. Un livre oulipien, signé d'un auteur jusqu'alors assez éloigné des radars de la plupart des lecteurs, Herve Le Tellier, qui semble aussi bien une entreprise d'une audace folle qu'une vaste blague menée jusqu'à son terme avec le sérieux d'un mathématicien ou d'un scientifique et la malice d'un plaisantin. L'anomalie est en partie un métalivre et ce n'est pas la moindre de ses qualités, que ce dialogue permanent entre l'auteur, ses personnages et le lecteur. L'anomalie fourmille de personnages, un peu trop pense t-on au départ, que Le Tellier réussit à nous rendre proches, à chacun de choisir son préféré, sachant que le portrait de l'écrivain qui y figure, est sans aucun doute le plus riche et l'un des plus touchants. Au-delà de l'événement principal, saisi en plein vol, ce sont ses développements vertigineux qui nous empoignent et nous font réfléchir à l'inévitable et insoluble question : et si cette "anomalie" m'arrivait à moi ? Virtuose de la narration, l'auteur est aussi à l'aise dans les hautes sphères de la pensée, s'interrogeant sur la condition humaine, que terre-à-terre parfois dans la description de notre comportement de simples locataires de la planète, avec nos failles et notre intelligence (relative). Avec L'anomalie, il y a matière à réaliser un film époustouflant ou, encore mieux, une série au long cours. Mais même bien réalisés, ces "avatars" prévisibles pourront difficilement rivaliser avec l'objet écrit, dont le côté ludique est primordial. Avec le Goncourt, le succès déjà avéré du roman va devenir colossal. Parfaitement mérité, surtout en ces temps moroses et incertains. Et si le romancier s'est trompé (le président américain), on lui pardonne aisément, vu que c'est l'une des seules bonnes nouvelles de ces derniers mois.

 

 

L'auteur :

 

Hervé Le Tellier est né le 21 avril 1957 à Paris. Il a publié 27 ouvrages dont Assez parlé d'amour et Moi et François Mitterand.

 


01/12/2020
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Le hameau de la peur (Histoires de la nuit)

Tout est au ralenti dans Histoires de la nuit. Les actes mais aussi les pensées des différents personnages, leurs sentiments dans la situation de crise qui constitue le cœur du dernier roman de Laurent Mauvignier. L'intrigue, en elle-même, pourrait se résumer en quelques phrases avec un lieu unique, un hameau de trois maisons, où débarquent un soir trois individus vraisemblablement malintentionnés. Pas de quoi grimper aux rideaux pour ce récit classique de vengeance confite qui fait resurgir le passé comme un fantôme encombrant. L'histoire n'est qu'un prétexte, Mauvignier cherche avant tout à sonder les cœurs et les âmes, nous immisçant dans la psychologie de ses protagonistes, au plus intime, dévoilant même ce que ces derniers ne sauraient analyser. Cela pourrait être passionnant, et cela l'est pour beaucoup de lecteurs, mais c'est une littérature qui ne laisse aucune latitude, qui emprisonne et prend en otage, sans que les lecteurs, toujours eux, toujours nous, n'aient droit à la part de mystère et de non-dits qui font le prix et la saveur des romans qui n'imposent rien et suggèrent beaucoup. Ici, on a l'impression que les personnages en ont assez d'être décortiqués dans leur moi profond et qu'ils protesteraient, s'ils en avaient la possibilité, pour pouvoir un peu respirer, sans être charcutés par un médecin-légiste fait écrivain. Il n'en est pas question pour Laurent Mauvignier, adepte de la combustion lente, qui se mire dans des phrases longues comme un jour sans pain, faisant admirer son style, en oubliant au passage qu'il ne cesse de ressasser et de rejouer à l'infini les mêmes scènes. Grande littérature ou ensemble laborieux, redondant et présomptueux, chacun jugera en son âme et conscience et sa sensibilité de lecteur (oui, toujours). Parmi les acteurs du drame qui couve, l'auteur utilise une fillette qui a nécessairement à nos yeux le rôle de l'innocente et ce procédé est déloyal, pour ne pas dire davantage. Passons sur la caractérisation des hommes (deux salauds et deux benêts) et sur celle des femmes (victimes de ces derniers mais aussi réactives et déterminées) qui a tout du projet programmatique, bien dans l'air du temps. Tout se termine par des scènes violentes et grand-guignolesques dont on appréciera la crédibilité. Moyennant quoi, Mauvignier laisse ses personnages à leur sort, après un dénouement censé marquer les esprits. Pauvres d'eux, les abandonner après un tel traumatisme (on pense toujours à la fillette), c'est de l'irresponsabilité pure !

 

 

L'auteur :

 

Laurent Mauvignier est né en 1967 à Tours. Il a publié 12 romans dont Des hommes et Continuer.

 


25/11/2020
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Vue imprenable sur la vallée (Buveurs de vent)

Western, conte et roman social : Buveurs de vent est tout cela à la fois, créant une atmosphère fuligineuse, dans une vallée isolée que personne ne semble pouvoir quitter autrement que les pieds devant. C'est la description de cette ambiance toxique qui fait le prix du dernier roman de Franck Bouysse, alliée à un talent inouï pour décrire une foultitude de protagonistes, des bons, des méchants et des vaincus. Il faut une grande maîtrise d'écrivain pour donner à chacun une véritable ampleur psychologique et ne pas en faire des personnages manichéens. Ils évoluent tous, peu ou prou, sur la longueur du roman, prenant conscience de leurs manques ou de leurs failles, et c'est aussi ce qui fait la beauté de Buveurs de vent. Certains sont plus attachants que d'autres, évidemment, à commencer par la fratrie qui se balance sur des cordes accrochées au viaduc, avec vue imprenable sur la vallée, ses turpitudes et ses renoncements. Le livre est celui d'une révolte contre un ordre des choses imposé et dictatorial, une sorte d'hymne à la liberté contre les forces noirs de l'oppression. C'est en cela, dans l'histoire d'une petite communauté, que l'auteur touche à l'universalité, dans le sens où il y a toujours moyen de lutter contre la coercition avec la solidarité et le courage comme points d'appui. Cela est vrai pour une vallée comme à l'échelle d'un pays. Grand livre, ce Buveurs de vent, l'est c'est indéniable, et très prenant, même si on peut pointer un début d'ouvrage un peu long à mettre les choses en place et surtout un dénouement radical, brutal et un tantinet frustrant. Quant au style de Franck Bouysse, il est le plus souvent magnifique mais il lui arrive aussi, parfois, de s'égarer dans un apprêt affecté, comme si l'auteur se mirait un peu trop dans l'eau chatoyante de son écriture. Toutefois, sa puissance d'évocation vient facilement à bout des quelques réticences du lecteur qui a trop avalé de romans incolores et insipides pour ne pas apprécier la différence.

 

 

L'auteur :

 

Franck Bouysse est né le 5 septembre 1965 à Brive-la-Gaillarde. Il a publié 14 romans dont Plateau, Glaise et Né d'aucune femme.

 


13/11/2020
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