Cinéphile m'était conté ...

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France


Les porcs de l'angoisse (Une bête au Paradis)

Comme dans le roman précédent de Cécile Coulon, Une bête au Paradis est marquée par l'esprit d'un lieu, une ferme isolée en l'occurrence, et l'opposition entre campagne et ville, la deuxième menaçant de contaminer la première avec ses valeurs de superficialité. Tant par son extension spatiale inexorable que par ceux qui l'habitent comme Alexandre, le personnage négatif du livre, dont la beauté physique cache une âme moins reluisante. L'une des forces de l'auteure clermontoise, et c'était déjà patent dans Le roi n'a pas sommeil, par exemple, est de savoir créer des personnages denses et crédibles. C'est encore le cas dans Une bête au Paradis avec Blanche, sa jeune héroïne très attachée à sa terre, Gabriel, son frère fragile, Emilienne, la grand-mère qui voit tout et Louis, le commis amoureux, ancien enfant battu. Alexandre s'oppose à eux par son ambition sans scrupules mais cette fois la romancière a fait de lui un protagoniste archétypal, tellement chargé de tous les maux charriés par l'univers urbain qu'il en devient presque une caricature et n'est pas loin de remettre en cause la structure narrative du livre. En outre, on y retrouve que dans une moindre mesure le lyrisme tellurique qui irriguait Trois saisons d'orage et sa puissance descriptive sauf peut-être dans la scène d'ouverture avec les cochons que l'on abat et l'une des toutes dernières, encore avec ces mêmes animaux. De là à intituler le roman Les porcs de l'angoisse, il n'y avait qu'un pas, heureusement pas franchi. Plus sérieusement, les qualités d'écriture et le sens du tragique de Cécile Coulon sont à l'évidence toujours présents, en faisant une romancière parmi les plus passionnantes dans sa génération. Elle aura 30 ans l'année prochaine et il n'y a pas de raisons que son talent se tarisse, à condition de peut-être sortir de ses thèmes de prédilection en s'aventurant sur de nouveaux terrains de jeu.

 

 

L'auteure :

 

Cécile Coulon est née le 13 juin 1990 à Clermont-Ferrand. Elle a publié 7 romans dont Le roi n'a pas sommeil et Trois saisons d'orage.

 


05/09/2019
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Les zones grises de l'air du temps (Les choses humaines)

L'air du temps. Ils ne sont pas si nombreux les écrivains qui réussissent à le capter, avec acuité et sans raccourcis démagogiques, et à lui injecter le parfum de la fiction pour en faire un objet à la fois romanesque et documentaire. Karine Tuil fait partie de cette élite littéraire, experte en sociologie de l'immédiateté et auteure à part entière pour la construction de personnages complexes, forts en apparence, lézardés de l'intérieur, dont les vies professionnelles, sociales et intimes sont parfois en contradiction. Les choses humaines est un roman brillant, qui n'a pas peur de s'attaquer au sujet épineux des relations hommes/femmes, dans l'ère du mouvement #MeToo et, très précisément, sur les questions du consentement, de la "zone grise" et de la culture du viol. Opportunisme de la part de la romancière, diront certains. Courage, pourra t-on répondre, d'autant qu'elle ne simplifie jamais et donne les arguments du bourreau comme ceux de la victime. Les choses humaines trouve son acmé dans les scènes de procès, détaillés et réalistes, avec cette mise à nu implacable de la personnalité de l'accusé et de la plaignante. Le livre, c'est un parti pris volontairement dérangeant, décrit plus volontiers l'environnement du présumé violeur que celui de sa proie. Karine Tuil aime décortiquer le comportement de ceux qui ont du pouvoir, les hommes naturellement, et elle excelle dans le portrait de l'assaillant, jeune homme bien sous tous rapports, et de son père, bête médiatique et charismatique. Mais le roman nous parle aussi du féminisme et de ses limites, de communautarisme et, plus largement, comme elle l'a fait dans ses livres précédents, de la violence du monde et de la société. Le style de Tuil est la plupart du temps limpide et sans afféterie même s'il a parfois une tendance à se faire trop journalistique. Le plus important est qu'elle suscite le débat et la réflexion sans chercher à imposer un point de vue restrictif et sans interdire à ceux que l'on accuse de se défendre. Rien à voir avec les réseaux sociaux, ces tribunaux populaires, qui lynchent et fracassent, et qui font aussi partie de cette fresque sociale et brulante qu'est Les choses humaines.

 

 

L'auteure :

 

Karine Tuil est née le 3 mars 1972 à Paris. Elle a publié 11 livres dont Quand j'étais drôle, L'invention de nos vies et L'insouciance.

 


01/09/2019
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Mélancolie prisonnière (Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon)

On est bien et confortable dans les livres de Jean-Paul Dubois et pas seulement parce que le héros de chacun de ses romans se prénomme Paul. C'est une petite musique d'ambiance familière, ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre, qui fait de Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon un texte aussi précieux que les précédents. Pour l'humanité blessée qui s'en dégage et la mélancolie qui sourd de ses lignes, autour d'un personnage que Dubois dénude peu à peu et nous rend on ne peut plus proche. Le livre alterne vie quotidienne en prison, où Paul séjourne auprès d'un détenu très haut en couleurs, et flashbacks incessants sur son passé et ses chers défunts. D'emblée, l'auteur prévient : tous ceux qu'il a aimés ne sont plus de ce monde mais ils l'accompagnent et nourrissent son âme dans la désolation de sa cellule. Il y a le père, pasteur d'origine danoise, sa compagne, suave mélange amérindien et irlandais, et enfin son chien, qui le comprend mieux que tous. Ainsi va la vie de Paul qui se déroulerait sans accrocs s'il n'y avait pas les coups du sort et une vie professionnelle qui dévient intenable. Comme toujours, Dubois réussit parfaitement ses portraits et y ajoute ici un certain sens du suspense puisque l'on ne sait qu'en toute fin de roman les raisons de l'incarcération de son héros. Mais autant que l'intérêt de la construction de l'intrigue, c'est la plume flegmatique et parfois caustique ou drolatique de l'écrivain que l'on retient et qui exhale un charme persistant. Ce n'est plus une surprise quand on connait ses livres mais un plaisir renouvelé.

 

 

L'auteur :

 

Jean-Paul Dubois est né le 20 février 1950 à Toulouse. Il a publié 21 livres dont Une année sous silence, Kennedy et moi et Le cas Snejder.

 


26/08/2019
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Incas d'école (Civilizations)

L'empereur de l'uchronie en littérature, et il n'est pas prêt d'être détrôné, reste Philip K. Dick avec Le Maître du Haut Château qui imaginait le monde dans les années 60 après la défaite des Alliés dans la seconde guerre mondiale. Avec Civilizations, Laurent Binet remonte bien plus loin, avec des Vikings qui descendent jusqu'en Amérique du sud avant que les Incas ne se décident à franchir l'Atlantique et conquièrent un "nouveau monde" : l'Europe. Sur le papier, l'entreprise est excitante d'autant que l'auteur a largement prouvé son talent et son don pour la fantaisie dans ses précédents livres. Mais d'emblée le roman cavale et ne cessera de poursuivre sur un rythme échevelé, brossant en une chronique géopolitique réécrite des faits qui s'enchaînent sans laisser le temps de réfléchir. Cette colonisation inversée ne devrait pas manquer de sel mais elle ne sort jamais de son côté exercice de style, comme une leçon d'Histoire donnée par un professeur qui s'intéresse d'abord aux événements de manière didactique sans chercher à donner chair à un romanesque que l'on attend vainement. Certes, la démonstration est impressionnante car basée sur une documentation sans faille qui rend tout le déroulement historique plausible (mais d'autres scénarios seraient aussi bien envisageables) mais l'émotion semble totalement bannie de Civilizations et seule la rencontre entre Montaigne et Cervantes redonne un peu d'intérêt à ce qui s'apparente presque plus à une thèse qu'à un roman. Incas d'école, en quelque sorte.

 

 

L'auteur :

 

Laurent Binet est né le 19 juillet 1972 à Paris. Il a publié 6 livres dont HHhH et La septième fonction du langage.

 


21/08/2019
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Un ennemi intérieur (Une joie féroce)

Tous les livres de Sorj Chalandon racontent des combats à mener. Dans Une joie féroce, il n'est cette fois ni question d'Irlande du Nord ni de Moyen-Orient mais de lutter contre le cancer, une guerre intime à essayer de gagner seul(e) ou, en l'occurrence, avec d'autres malades, avec lesquel(le)s on partagerait les hauts et les bas. Le sujet est proche de l'auteur pour des raisons personnelles et toute la première partie d'Une joie féroce raconte avec minutie et bienveillance le désarroi de son héroïne, Jeanne, aux prises avec son ennemi intérieur et le regard des autres avec pour unique réconfort la présence de ses nouvelles amies confrontées aux mêmes périls. Certes, c'est le genre d'histoire que l'on rencontre assez souvent dans la littérature mais Chalandon n'est pas n'importe quel écrivain et avec une écriture mêlant puissance et délicatesse, il parvient à nous toucher et à nous convaincre d'accompagner Jeanne et ses coreligionnaires vers un destin que l'on pressent funeste. Autant dire que l'on est très surpris quand le livre bifurque du mélodrame au roman d'aventures, avec un aplomb étonnant. Après le côté réaliste, voici le versant fantaisiste d'Une joie féroce qui forcément désarçonne. Qu'importe, au fond, car comme l'espoir pour quelqu'un qui se bat pour survivre, l'important est de faire semblant d'y croire et de se laisser entraîner dans les péripéties les plus extravagantes. Un peu de rose dans le noir et advienne que pourra. Honnêtement, ce n'est certainement pas le meilleur livre de Sorj Chalandon mais sans doute celui qu'il avait besoin d'écrire à ce moment précis de sa vie et voilà tout.

 

 

L'auteur :

 

Sorj Chalandon est né le 16 mai 1952 à Tunis. Il a publié 9 romans dont Mon traître, Retour à Killybegs et Le jour d'avant.

 


17/08/2019
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Passage du désir (Court vêtue)

Apprentissage de la vie et du désir d'un garçon qui aura bientôt 15 ans. Ce que raconte Marie Gauthier dans son premier livre, Court vêtue, appartient à un thème presque éculé de la littérature. Ce n'est pas dans l'accumulation des péripéties que la romancière cherche à imposer sa marque mais dans l'ambiance générale, celle d'un été torride dans une bourgade somnolente. Marie Gauthier possède une jolie écriture mais peine toutefois à développer son intrigue qui n'en est pas vraiment une, entre son adolescent et la jeune fille de 2 ans plus âgée que lui dont la légèreté, dans tous les sens du terme, le fascine et le torture. Le point de vue du livre se situe plutôt de son côté mais il arrive que Marie Gauthier épouse aussi celui de la jeune fille pour expliciter ses sentiments vis-à-vis de son soupirant. Cela donne l'impression que la romancière n'a pas vraiment décidé à quelle place se situer si ce n'est dans celle d'une narratrice à la fois partie prenante et détachée. D'ailleurs, même si l'on partage souvent les pensées des deux protagonistes de Court vêtue, on ne ressent pas autant de profondeur qu'on aurait pu l'espérer. A l'inverse, les répétitions des faits et l'insistance sur certains traits psychologiques alourdissent le livre bien que celui-ci soit très court. Au demeurant, la fin est un peu bâclée, trop dramatique pour coller vraiment à la tonalité générale du récit. Malgré les frustrations que le roman engendre (l'avis est personnel et n'engage que son auteur, évidemment), la qualité du style de Marie Gauthier laisse à penser que, peut-être, elle est capable d'écrire dans le futur un livre qui laissera bien plus que la trace passagère et volatile de Court vêtue.

 

 

L'autrice :

 

Marie Gauthier est née à Annecy. Elle a obtenu le Goncourt du premier roman pour Court Vêtue.

 


21/05/2019
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Comme une farandole tragique (Les inéquitables)

En comptant les 6 tomes de la série Doggy Bag, Philippe Djian en est aujourd'hui à 30 romans publiés, alors qu'il s'apprête à fêter son soixante-dixième anniversaire, en juin prochain. Ceci pour dire que l'auteur d'Impardonnables n'a plus rien à prouver et que ceux qui l'apprécient continueront de l'aimer avec Les inéquitables tandis que les autres peuvent s'abstenir de (re)tenter l'expérience avec cet écrivain à l'univers et au style bien définis, mais certainement pas destiné à plaire à tout le monde. Les personnages de Les inéquitables sont très imparfaits, traînant des failles psychologiques, et même physiques, irréparables. C'est à peu près une constante chez Djian qui, comme à l'accoutumée, ne distille les informations qu'avec parcimonie et tant pis si le lecteur doit faire fonctionner son imagination pour combler quelques trous. L'essentiel est ailleurs, dans la création d'une ambiance menaçante, au bord de l'océan et parfois dans la tempête. Les sentiments affleurent et la violence arrive sans prévenir, abruptement, au détour d'une phrase. La manière Djian, ce sont des tournures de phrase étonnantes, une ponctuation épurée mais aussi une succession chronique d'événements dramatiques qui font basculer les vies dans une sorte de farandole tragique. Voire burlesque dans l'absurde car il y a toujours dans les romans noirs de Djian ce regard narquois sur la comédie humaine avec, en particulier, les satanés liens du sang, dans toutes les acceptions de l'expression. On a beau connaître par coeur tous les ingrédients habituels de ses romans, on est sans cesse estourbi dans Les inéquitables par les coups de théâtre et le funambulisme narratif de Djian. Ses romans se ressemblent beaucoup mais parviennent le plus souvent à renouveler l'intérêt et à captiver. C'est le cas de ces Inéquitables, le millésime 2019, fort gouleyant, ma foi.

 

 

L'auteur :

 

Philippe Djian est le 3 juin 1949 à Paris. Il a publié 30 romans dont Doggy Bag, Impardonnables et A l'aube.

 


05/05/2019
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Longue est l'éternité (Transparence)

Réchauffement climatique, révolution numérique, clonage, intelligence artificielle et ... immortalité : autant de sujets de discussion actuels qui conditionnent le futur de notre planète. Et autant de thèmes qui nourrissent Transparence, un roman d'anticipation signé Marc Dugain. Une fiction oui, bien sûr, mais qui ressemble assez souvent à un essai philosophique et à une réflexion sur l'état du monde et à son avenir. C'est cet aspect-là qui est le plus percutant et pertinent dans le livre de Dugain et surpasse les péripéties du livre qui se trouvent d'ailleurs bousculées par un twist final pas très heureux puisque balayant en globalité tout sa partie purement narrative qui s'apparente en définitive à une manipulation (désolé pour le spoiler mais c'est toujours agaçant quand un auteur s'amuse avec la crédibilité du lecteur même si cela fait partie intégrante du jeu romanesque). Bien entendu, le talent de Dugain et son agilité stylistique ne sont pas en cause, on les retrouve intacts à l'instar de ses ouvrages politiques ou historiques. Et certains passages valent vraiment le détour quand l'auteur fustige les errements de Trump ou notre addiction aux réseaux sociaux, avec cette inconscience collective d'offrir les données les plus personnelles aux collecteurs froids, mercantiles et cyniques que sont les GAFA. Plus que roman d'anticipation, Transparence est un portrait lucide et forcément inquiétant d'une dérive suicidaire vers l'abîme. Et le désir d'immortalité, dans tout cela ? Une chimère, un fantasme et une suffisance ô combien humaine. Enfin, comme disait Kafka ou Woody Allen, l'éternité c'est long, surtout vers la fin.

 

 

L'auteur :

 

Marc Dugain est né le 3 mai 1957 au Sénégal. Il a publié 18 livres dont Une éxéxution ordinaire, Avenue des géants et Ils vont tuer Robert Kennedy.

 


04/05/2019
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Juste une mise au point (Une femme en contre-jour)

6 biographies, au moins, lui ont été consacrées en anglais, sans compter de nombreux articles et un documentaire qui a obtenu un Oscar dans sa catégorie. Vivian Maier est sortie de l'anonymat post-mortem et son talent de photographe de la rue et des sans-grade enfin révélé au monde. Mais sa vie, au-delà des grandes lignes, semble se refuser à l'analyse et à la compréhension autour de cette passion de la photo que même ceux qui l'a côtoyèrent ne jugèrent pas davantage que comme un hobby et n'y virent aucune trace d'un tempérament d'artiste. Au moment de zoomer sur son existence, Gaëlle Josse s'est sans doute interrogée sur la manière de faire pour lui rendre hommage. Une biographie ? Pas vraiment. Un roman ? Pas complètement. Une femme en contre-jour serait plus tôt un entre-deux, un vue panoramique, une mise au point en variant la profondeur de champ, en choisissant des angles particuliers dans une composition sans filtre, dans la mesure des connaissances acquises jusqu'alors. On retrouve avec bonheur la délicatesse de ton de l'auteure, malgré tout gênée aux entournures par l'obligation de donner des repères précis dans la biographie de Vivian Maier. On se dit qu'elle aurait pu aller plus loin dans la fiction et imaginer plus avant "sa" Vivian. Cependant, devant la modestie et l'absence d'envie de l'objet de son étude à rechercher la célébrité, il est assez logique que Gaêlle Josse se contente d'un récit qui ne fait que légèrement détourer les traits de son héroïne. Le livre donne fortement le désir de se plonger dans les clichés de Vivian et c'est bien là sa vertu essentielle.

 

 

L'auteure :

 

Gaëlle Josse eest née le 22 septembre 1960. Elle a publié 7 romans dont Nos vies désaccordées et Une longue impatience.

 


25/04/2019
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Alternances sentimentales (Les sept mariages d'Edgar et Ludmilla)

Dans la "vraie" vie, Jean-Christophe Rufin s'est marié trois fois avec la même femme (ce qui fait deux divorces ensemble, non ?). Plutôt que d'aborder sa vie sentimentale de façon directe, en bon écrivain, il en a fait un roman dont le titre, Les sept mariages d'Edgar et Ludmilla, saborde d'emblée tout suspense mais pas la curiosité du lecteur, bien évidemment. Pour arriver à ce nombre improbable, Rufin multiplie les péripéties et les accidents de couple mais il faut bien avouer qu'il a bien du mal à nous faire croire à cette alternance de mariages et de divorces entre deux mêmes protagonistes. Ne reste plus à l'auteur qu'à se réfugier derrière le prétexte du conte pour cette histoire qui se veut aussi une traversée d'un demi-siècle jusqu'à nos jours. Honnêtement, il y a de quoi rester perplexe malgré tout le talent de narrateur de Rufin qui nous balade en URSS en guise d'ouverture avant de s'attarder sur les carrières de ses deux personnages principaux, dans les affaires pour Edgar, sur les scènes d'opéra, pour Ludmilla. Oui, ils seront riches et célèbres, chacun de leur côté, mais croyez-vous qu'ils seront heureux pour autant ? Suivra la chute, inexorable, mais n'en disons pas plus. Malgré des aspects attendus et parfois artificiels, le récit se laisse lire rapidement mais sans passion. A vrai dire, il laisse une impression mitigée : d'un côté, Rufin y a mis de choses très personnelles ; de l'autre, on est un peu gêné aux entournures par son intrigue un tantinet fabriquée et conventionnelle et trop ouvertement "bigger than life".

 

 

L'auteur :

 

Jean-Christophe Rufin est né le 28 juin 1952 à Bourges. Il a notamment publié L'abyssin, Rouge brésil, Le parfum d'Adam et Le collier rouge.

 


21/04/2019
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