Cinéphile m'était conté ...

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France


Passage du désir (Court vêtue)

Apprentissage de la vie et du désir d'un garçon qui aura bientôt 15 ans. Ce que raconte Marie Gauthier dans son premier livre, Court vêtue, appartient à un thème presque éculé de la littérature. Ce n'est pas dans l'accumulation des péripéties que la romancière cherche à imposer sa marque mais dans l'ambiance générale, celle d'un été torride dans une bourgade somnolente. Marie Gauthier possède une jolie écriture mais peine toutefois à développer son intrigue qui n'en est pas vraiment une, entre son adolescent et la jeune fille de 2 ans plus âgée que lui dont la légèreté, dans tous les sens du terme, le fascine et le torture. Le point de vue du livre se situe plutôt de son côté mais il arrive que Marie Gauthier épouse aussi celui de la jeune fille pour expliciter ses sentiments vis-à-vis de son soupirant. Cela donne l'impression que la romancière n'a pas vraiment décidé à quelle place se situer si ce n'est dans celle d'une narratrice à la fois partie prenante et détachée. D'ailleurs, même si l'on partage souvent les pensées des deux protagonistes de Court vêtue, on ne ressent pas autant de profondeur qu'on aurait pu l'espérer. A l'inverse, les répétitions des faits et l'insistance sur certains traits psychologiques alourdissent le livre bien que celui-ci soit très court. Au demeurant, la fin est un peu bâclée, trop dramatique pour coller vraiment à la tonalité générale du récit. Malgré les frustrations que le roman engendre (l'avis est personnel et n'engage que son auteur, évidemment), la qualité du style de Marie Gauthier laisse à penser que, peut-être, elle est capable d'écrire dans le futur un livre qui laissera bien plus que la trace passagère et volatile de Court vêtue.

 

 

L'autrice :

 

Marie Gauthier est née à Annecy. Elle a obtenu le Goncourt du premier roman pour Court Vêtue.

 


21/05/2019
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Comme une farandole tragique (Les inéquitables)

En comptant les 6 tomes de la série Doggy Bag, Philippe Djian en est aujourd'hui à 30 romans publiés, alors qu'il s'apprête à fêter son soixante-dixième anniversaire, en juin prochain. Ceci pour dire que l'auteur d'Impardonnables n'a plus rien à prouver et que ceux qui l'apprécient continueront de l'aimer avec Les inéquitables tandis que les autres peuvent s'abstenir de (re)tenter l'expérience avec cet écrivain à l'univers et au style bien définis, mais certainement pas destiné à plaire à tout le monde. Les personnages de Les inéquitables sont très imparfaits, traînant des failles psychologiques, et même physiques, irréparables. C'est à peu près une constante chez Djian qui, comme à l'accoutumée, ne distille les informations qu'avec parcimonie et tant pis si le lecteur doit faire fonctionner son imagination pour combler quelques trous. L'essentiel est ailleurs, dans la création d'une ambiance menaçante, au bord de l'océan et parfois dans la tempête. Les sentiments affleurent et la violence arrive sans prévenir, abruptement, au détour d'une phrase. La manière Djian, ce sont des tournures de phrase étonnantes, une ponctuation épurée mais aussi une succession chronique d'événements dramatiques qui font basculer les vies dans une sorte de farandole tragique. Voire burlesque dans l'absurde car il y a toujours dans les romans noirs de Djian ce regard narquois sur la comédie humaine avec, en particulier, les satanés liens du sang, dans toutes les acceptions de l'expression. On a beau connaître par coeur tous les ingrédients habituels de ses romans, on est sans cesse estourbi dans Les inéquitables par les coups de théâtre et le funambulisme narratif de Djian. Ses romans se ressemblent beaucoup mais parviennent le plus souvent à renouveler l'intérêt et à captiver. C'est le cas de ces Inéquitables, le millésime 2019, fort gouleyant, ma foi.

 

 

L'auteur :

 

Philippe Djian est le 3 juin 1949 à Paris. Il a publié 30 romans dont Doggy Bag, Impardonnables et A l'aube.

 


05/05/2019
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Longue est l'éternité (Transparence)

Réchauffement climatique, révolution numérique, clonage, intelligence artificielle et ... immortalité : autant de sujets de discussion actuels qui conditionnent le futur de notre planète. Et autant de thèmes qui nourrissent Transparence, un roman d'anticipation signé Marc Dugain. Une fiction oui, bien sûr, mais qui ressemble assez souvent à un essai philosophique et à une réflexion sur l'état du monde et à son avenir. C'est cet aspect-là qui est le plus percutant et pertinent dans le livre de Dugain et surpasse les péripéties du livre qui se trouvent d'ailleurs bousculées par un twist final pas très heureux puisque balayant en globalité tout sa partie purement narrative qui s'apparente en définitive à une manipulation (désolé pour le spoiler mais c'est toujours agaçant quand un auteur s'amuse avec la crédibilité du lecteur même si cela fait partie intégrante du jeu romanesque). Bien entendu, le talent de Dugain et son agilité stylistique ne sont pas en cause, on les retrouve intacts à l'instar de ses ouvrages politiques ou historiques. Et certains passages valent vraiment le détour quand l'auteur fustige les errements de Trump ou notre addiction aux réseaux sociaux, avec cette inconscience collective d'offrir les données les plus personnelles aux collecteurs froids, mercantiles et cyniques que sont les GAFA. Plus que roman d'anticipation, Transparence est un portrait lucide et forcément inquiétant d'une dérive suicidaire vers l'abîme. Et le désir d'immortalité, dans tout cela ? Une chimère, un fantasme et une suffisance ô combien humaine. Enfin, comme disait Kafka ou Woody Allen, l'éternité c'est long, surtout vers la fin.

 

 

L'auteur :

 

Marc Dugain est né le 3 mai 1957 au Sénégal. Il a publié 18 livres dont Une éxéxution ordinaire, Avenue des géants et Ils vont tuer Robert Kennedy.

 


04/05/2019
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Juste une mise au point (Une femme en contre-jour)

6 biographies, au moins, lui ont été consacrées en anglais, sans compter de nombreux articles et un documentaire qui a obtenu un Oscar dans sa catégorie. Vivian Maier est sortie de l'anonymat post-mortem et son talent de photographe de la rue et des sans-grade enfin révélé au monde. Mais sa vie, au-delà des grandes lignes, semble se refuser à l'analyse et à la compréhension autour de cette passion de la photo que même ceux qui l'a côtoyèrent ne jugèrent pas davantage que comme un hobby et n'y virent aucune trace d'un tempérament d'artiste. Au moment de zoomer sur son existence, Gaëlle Josse s'est sans doute interrogée sur la manière de faire pour lui rendre hommage. Une biographie ? Pas vraiment. Un roman ? Pas complètement. Une femme en contre-jour serait plus tôt un entre-deux, un vue panoramique, une mise au point en variant la profondeur de champ, en choisissant des angles particuliers dans une composition sans filtre, dans la mesure des connaissances acquises jusqu'alors. On retrouve avec bonheur la délicatesse de ton de l'auteure, malgré tout gênée aux entournures par l'obligation de donner des repères précis dans la biographie de Vivian Maier. On se dit qu'elle aurait pu aller plus loin dans la fiction et imaginer plus avant "sa" Vivian. Cependant, devant la modestie et l'absence d'envie de l'objet de son étude à rechercher la célébrité, il est assez logique que Gaêlle Josse se contente d'un récit qui ne fait que légèrement détourer les traits de son héroïne. Le livre donne fortement le désir de se plonger dans les clichés de Vivian et c'est bien là sa vertu essentielle.

 

 

L'auteure :

 

Gaëlle Josse eest née le 22 septembre 1960. Elle a publié 7 romans dont Nos vies désaccordées et Une longue impatience.

 


25/04/2019
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Alternances sentimentales (Les sept mariages d'Edgar et Ludmilla)

Dans la "vraie" vie, Jean-Christophe Rufin s'est marié trois fois avec la même femme (ce qui fait deux divorces ensemble, non ?). Plutôt que d'aborder sa vie sentimentale de façon directe, en bon écrivain, il en a fait un roman dont le titre, Les sept mariages d'Edgar et Ludmilla, saborde d'emblée tout suspense mais pas la curiosité du lecteur, bien évidemment. Pour arriver à ce nombre improbable, Rufin multiplie les péripéties et les accidents de couple mais il faut bien avouer qu'il a bien du mal à nous faire croire à cette alternance de mariages et de divorces entre deux mêmes protagonistes. Ne reste plus à l'auteur qu'à se réfugier derrière le prétexte du conte pour cette histoire qui se veut aussi une traversée d'un demi-siècle jusqu'à nos jours. Honnêtement, il y a de quoi rester perplexe malgré tout le talent de narrateur de Rufin qui nous balade en URSS en guise d'ouverture avant de s'attarder sur les carrières de ses deux personnages principaux, dans les affaires pour Edgar, sur les scènes d'opéra, pour Ludmilla. Oui, ils seront riches et célèbres, chacun de leur côté, mais croyez-vous qu'ils seront heureux pour autant ? Suivra la chute, inexorable, mais n'en disons pas plus. Malgré des aspects attendus et parfois artificiels, le récit se laisse lire rapidement mais sans passion. A vrai dire, il laisse une impression mitigée : d'un côté, Rufin y a mis de choses très personnelles ; de l'autre, on est un peu gêné aux entournures par son intrigue un tantinet fabriquée et conventionnelle et trop ouvertement "bigger than life".

 

 

L'auteur :

 

Jean-Christophe Rufin est né le 28 juin 1952 à Bourges. Il a notamment publié L'abyssin, Rouge brésil, Le parfum d'Adam et Le collier rouge.

 


21/04/2019
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Mots à maux (Les gratitudes)

Peut-être que le succès lui était promis parce que Delphine de Vigan est une romancière appréciée et que Les gratitudes est un livre court qui se lit très vite. Peut-être. Mais cela n'empêche pas le roman d'être un texte à la fois terrible et drôle, un peu absurde aussi, comme l'est la vie quand on prend le temps d'y regarder de près. Il s'agit presque d'une pièce de théâtre car les dialogues y prennent pratiquement toute la place. Entre une vieille femme "gagnée" par l'aphasie, qui perd ses mots peu à peu ou les mélange avec d'autres, dans une étrange symphonie poétique et burlesque, et une jeune femme qui est comme sa fille et son orthophoniste. Quand la pensée n'arrive plus à s'exprimer clairement par les termes idoines, c'est qu'on est, sinon à l'article (indéfini) de la mort, mais pas loin de perdre ses repères et de basculer vers les ténèbres. Le livre de Delphine de Vigan est loin d'être triste mais il est difficile de dire qu'on prend du plaisir à le lire. C'est autre chose, du domaine du poignant ou du pathétique, si l'on préfère, mais sans la nuance péjorative que l'on accorde habituellement au qualificatif. Car de la dignité, il y en a beaucoup dans Les gratitudes, de l'impuissance aussi quand le combat est en passe d'être perdu. Mais avant cela, il y aura le réconfort d'avoir remercié la vie et ceux qui contribuent à l'adoucir ou la rendre supportable. A côté de l'intrigue principale du roman, il y en a une deuxième, très forte, qui remonte à l'enfance du personnage principal de Les gratitudes. Il faut un sacré talent pour ne pas sombrer dans le larmoyant quand on écrit autour de la résilience et des souvenirs tragiques du passé. Delphine de Vigan en a beaucoup, on le savait déjà. Les gratitudes n'est pas son ouvrage le plus impressionnant de par son architecture et ses niveaux de narration. Mais ce sont sa simplicité et ses qualités de coeur qui en font un livre attachant et d'une grande humanité.

 

 

L'auteure :

 

Delphine de Vigan est née le 1er mars 1966 à Boulogne-Billancourt. Elle a publié 9 romans dont Les heures souterraines, Rien ne s'oppose à la nuit et D'après une histoire vraie.

 


16/03/2019
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Pas celle que vous croyez (Personne n'a peur des gens qui sourient)

Longtemps, Véronique Ovaldé a écrit des romans extravagants et exotiques, comme inspirés par le réalisme latino-américain et bourrés de fantaisie avec un imaginaire fertile. Moins léger, Soyez imprudents les enfants semblait marquer un tournant dans l'oeuvre de la romancière et Personne n'a peur des gens qui sourient confirme cette impression avec une intrigue qui se rapproche davantage du thriller, plus efficace sans doute, mais moins originale de par un certain classicisme heureusement rehaussé par le style alerte de l'auteure. Force est de constater que Personne n'a peur des gens qui sourient se situe dans une certaine tendance actuelle du roman français où l'on privilégie le suspense en orientant le lecteur dans une certaine direction avant de lui montrer qu'il faut se méfier des apparences. C'est une manipulation qui peut se révéler exquise si l'histoire est à la hauteur des attentes et de ce point de vue, Personne n'a peur des gens qui sourient se révèle un tantinet insatisfaisant. Par sa construction, avant tout, qui alterne les couches temporelles autour de son héroïne, une jeune mère de famille que l'on trouve inquiète et menacée au début du livre et qui n'est évidemment pas celle que vous croyez. Encore une fois, le roman rappelle par sa tonalité et ce qu'il dissimule de secrets, de drames et de machiavélisme certaines autres fictions françaises de ces dernières années, à commencer par Une chanson douce de Leïla Slimani même si le récit n'est pas bâti de la même façon. Il y a en tous cas cette volonté de surprendre et de créer des personnages pas très nets en excluant toute morale. Quoi qu'il en soit le dernier Ovaldé reste un ouvrage de belle facture qui risque seulement de décevoir ceux qui étaient attachés auparavant à la manière flamboyante et délicieusement insouciante de l'auteure (même s'il y a toujours eu une part de gravité voire de tragédie).

 

 

L'auteure :

 

Véronique Ovaldé est née le 12 avril 1972 à Le Perreux-sur-Marne. Elle a publié 10 romans dont Et mon coeur transparent, Ce que je sais de Vera Candida et Des vies d'oiseaux.

 


13/02/2019
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Vers la fin (Sérotonine)

Well back, Michel ! Le retour de Houellebecq est considéré comme un événement qui dépasse de loin son caractère littéraire. N'est ce pas un peu exagéré ? Ecrivain, oui, sociologue, un peu, prophète, et puis quoi encore ? Ceci dit, les romans français de la rentrée de l'automne dernier n'avaient vraiment pas de quoi susciter l'enthousiasme (oh, cette envie de citer quelques noms) et il est normal de faire bon accueil à un auteur qui a déjà prouvé, malgré les controverses, qu'il était une valeur sûre, et surtout pas un romancier tiède et consensuel. Il n'y a pas trop de surprises dans la lecture de Sérotonine, à vrai dire, mais on s'y attendait, sachant que notre homme semble de plus en plus misanthrope (misogyne ?) et asocial bien que curieux de notre monde, de ses habitants et de ce qui les meut. Cependant, on n'est pas déçu du voyage, une fois de plus entre Paris et la Normandie, notamment, de la solitude moderne des villes à la déréliction des campagnes. Et puis, il ne faut pas croire, mais Houellebecq est un écrivain qui se documente et pas que sur wikipédia : ses pages sur l'agriculture, les quotas laitiers et, de façon anecdotique, sur la ville de Niort ou les bouquets sportifs d'une certaine box, sonnent le vécu et l'approfondi. Quant au personnage principal de Sérotonine, qui ressemble à Houellebecq en un peu plus jeune (mais ça, c'est le lecteur qui le pense et ce n'est pas prouvé), il est bien évidemment désabusé, déphasé, déprimé, et semble se diriger d'un pas lourd vers la fin. C'est sinistre ? Oui, un peu, mais pas tellement finalement tant le romancier est doué d'un humour ravageur qui d'ailleurs frappe souvent juste, entre le cynisme et l'ironie bienveillante (plus souvent le premier, on est d'accord). Au fond, même s'il brasse plusieurs thématiques, parfois de manière un peu brouillonne, le livre raconte la fin du désir pour son personnage principal, soit donc la cessation de toute raison d'exister. Et Houellebecq en profite pour épingler une époque qui est tout sauf excitante, de plus en plus normative et réglementée sans oublier d'être morale et politiquement correcte, bref tout ce que notre homme exècre. Sérotonine est assez inégal mais facile à lire, à part quelques scènes vraiment dérangeantes (le pédophile) et des obsessions à caractère pornographique qui lassent à la longue par leur répétition, faussement provocatrices et surtout puériles, comme si certains mots crus pouvaient encore choquer dans la littérature.

 

 

L'auteur :

 

Michel Houellebecq est né le 26 février 1956 à Saint-Pierre de la Réunion. Il a publié 7 romans dont Les particules élémentaires et La carte et le territoire.

 


08/01/2019
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L'homme est un animal comme les autres (Chien-loup)

C'est une mode un peu agaçante chez les romanciers contemporains. Celle de construire deux intrigues à distance dans le temps et de les relier in fine, de façon plus ou moins convaincante. Dans Chien-loup de Serge Joncour, le procédé est utilisé de façon claire : un chapitre dont l'action se déroule en 1914/1915 est immédiatement suivi d'un autre qui se passe un siècle plus tard. Au même endroit, à savoir dans un coin isolé du Quercy. Loin du fracas de la guerre, dans un cas, à l'écart du monde moderne, dans le deuxième. Deux histoires donc que l'auteur va connecter petit à petit puis plus franchement dans les dernières pages du roman. Satiriste, fabuliste, humaniste, Joncour est tout cela à la fois, avec un certain lyrisme et une acuité clairvoyante pour épingler nos comportements de bipèdes dont vous pouvez bien chasser le naturel, il revient au galop. En somme, l'homme est un animal comme les autres sous ses oripeaux trompeurs d'être doué de raison. Et il revient à cet état sauvage dès lors qu'il est jeté en pâture à la nature. Dans ce livre haletant, l'on peut tout de même faire le reproche à Joncour d'une certaine redondance lorsqu'il insiste à de nombreuses reprises sur la psychologie de certains de ses personnages, les contemporains notamment. Cependant, il y a quelque chose de jouissif dans son écriture, comme s'il grossissait les traits de ses protagonistes à travers une loupe, infusant une bonne dose de comédie humaine dans les drames qui se nouent. C'est dans ce ton ironique voire sarcastique que l'on reconnait le talent singulier de Serge Joncour dont Chien-loup ne dépare pas dans une oeuvre où brille L'écrivain national qui reste son roman le plus achevé.

 

 

L'auteur :

 

Serge Joncour est né le 28 novembre 1961 à Paris. Il a écrit 15 romans ou recueils de nouvelles dont l'idole, L'écrivain national et Repose-toi sur moi.

 


17/12/2018
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Une haine obsessionnelle (Le malheur du bas)

Dans le malheur du bas, tout commence par un prolepse. Et c'est (déjà) atroce dans une scène qui rappelle évidemment Une chanson douce. Le livre d'Inès Bayard est aussi, parait-il, très proche d'un roman intitulé Je me suis tue. Mais même sans connaître ce dernier, Le malheur du bas suscite un véritable malaise et pose des questions sur les motivations de l'auteure pour écrire un tel ouvrage. Un viol est un crime absolu et le traumatisme des victimes n'est pas compréhensible par ceux (celles) qui n'ont pas connu une telle abomination. Il n'y a rien de répréhensible à conjuguer ce thème sur le mode littéraire mais encore faut-il avoir la capacité de l'aborder avec talent et sans sombrer dans le sordide et une complaisance certaine des détails les plus glauques comme certaines publications qui font leur choux gras des faits divers les plus abjects. En débutant par la conclusion de son histoire, Inès Bayard nous intime déjà d'émettre un jugement sur son héroïne et crée un suspense psychologique malsain qui ne fait qu'empirer à chacune des pages puisque l'on sait comment tout va finir (à ce titre, la révélation de la toute dernière page, qui se veut maligne, est depuis longtemps prévisible et d'un goût aussi douteux que le reste du livre). La romancière avait tout à fait le droit d'écrire un livre dérangeant (la littérature est aussi là pour bousculer les lecteurs et les sortir de leur zone de confort) mais était-il besoin de se vautrer dans de longues descriptions physiologiques dans l'intimité des sécrétions et fluides divers ? Mais le pire, évidemment, est le rapport mère/fils et comment ce bloc obsessionnel de haine qu'est la première cherche par tous les moyens à mettre fin aux jours du deuxième. Le livre est quand même en grande partie marquée par ce suspense insupportable, au sens le plus fort du terme. Pour être honnête, il y a des pages plus intéressantes sur la vie de couple et la façon dont un mari ne voit rien de la transformation de celle qui partage sa vie. Mais cela ne saurait justifier de dire du bien d'un livre qui, parce qu'il évoque un cas de viol, serait nécessaire pour faire évoluer notre société face à ce fléau et sensibiliser les consciences. Hélas, Le malheur du bas est avant tout un roman assez souvent racoleur et qui ne saurait faire avancer une cause si tant est que cela ait été son intention. Et du point de vue littéraire, il n'y a rien d'enthousiasmant là-dedans non plus.

 

 

L'auteure :

 

Inès Bayard est née en 1992 à Toulouse.

 


08/12/2018
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